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LA JALOUSIE EXTRAORDINAIRE DE L'ANCÊTRE JEAN CHAPLEAU |
En 1668, Jeanne GAGNON
révèle devant la Prévôté de Québec, la « jalousie extraordinaire » dont
est atteint son mari, Jean CHAPLEAU, maçon. (Contrat de mariage du 15 janvier
1654).
À sa demande, le juge de la cour seigneuriale de Beauport ordonne que le couple
CHAPLEAU-GAGNON soit séparé de corps et de biens. Quels sont les motifs de
cette séparation ?
Dans sa requête du 2 juillet 1668, Jeanne GAGNON demande au juge de la Prévôté
de Québec que Jean CHAPLEAU, son mari, prenne à sa charge les deux enfants
(Catherine, 9 ans, et Noël, 1 an) issus de leur mariage ainsi que l'enfant dont
elle est « grosse » d'environ 7 mois.
Cette requête fait suite au mauvais traitement que lui fait son mari qui s'est
même absenté du ménage pendant 4 ans pour aller vivre à Montréal et ce,
sans aucun motif, précise-t-elle. Selon GAGNON, elle s'est toujours bien
comportée durant l'absence de son mari qui a dans son esprit « une jalousie
extraordinaire » expliquant l'origine dudit mauvais traitement.
Répliquant aux dires de sa femme, CHAPLEAU raconte qu'elle lui dit
continuellement des injures disant même qu'elle « lui coupera la tête avec un
couteau » et « s'est mise en devoir de le tuer avec une hache ». Cependant, CHAPLEAU
admet avoir donné un ou deux coups de gaule (longue perche ou canne à pêche)
à sa femme !
Pendant son absence, CHAPLEAU explique qu'il ne s'est jamais soucié de ce que
faisait son épouse ! C'est pourquoi, il demande au juge que leur fille
Catherine, à défaut d'être prise en charge par sa mère, soit mise en pension
à l'hôpital ou chez les Ursulines; que lui, il obtienne la garde de son fils
Noël et elle, la garde de l'enfant dont elle est enceinte.
Puis, le 21 juillet suivant, Jean-Baptiste PEUVRET DE MESNU, procureur fiscal de
la Prévôté, conclut qu'il ne peut consentir à cette séparation de corps
ordonnée par le juge de Beauport sans avoir auditionné quelques témoins.
Quelques jours plus tard, le juge de la Prévôté de Québec condamne Jean CHAPLEAU
à :
- payer la
nourriture et l'entretien de son fils Noël du 2 juillet 1668 et ce, jusqu'à ce
qu'il en ait la garde;
- payer la dette que sa femme a envers la demoiselle GIFFARD;
- abandonner tous ses biens à sa femme.
Il ne semble pas y avoir eu de suite à cette demande de séparation de corps et
de biens, puisqu'au couple CHAPLEAU-GAGNON, s'ajouteront Françoise en 1672 et
Marguerite en 1676.
Rédaction : Guy
Perron, paléographe
Source : Prévôté de Québec, transcription des volumes 1 et 2 (registres civils), 2 novembre 1666 au 26 octobre 1668, Longueuil, Les Éditions historiques et généalogiques Pepin, tome I, coll. Notre patrimoine national no. 220, 2002.